Reconversion des politiques dans les médias : facteur de réconciliation ou d’aggravation de la défiance avec la presse ?

La reconversion massive de nombreux politiques, de tous bords, vers une vie médiatique me laisse quelque peu pantois et songeur. A la rentrée de septembre, pas moins de six politiques ou ex-politiques prendront place dans différents médias. Jean-Pierre Raffarin comme chroniqueur aux côtés de Laurent Delahousse sur France 2, Julien Dray rejoint la chaîne d’information LCI, Aurélie Filippetti et Gaspard Gantzer seront à l’antenne de RTL, Henri Guaino sur Sud Radio et Raquel Garrido sur C8 dans l’émission « Salut les terriens ». Ce mercato médiatique post-élections présidentielles et législatives confirme la déstabilisation des parties traditionnels du paysages politiques. On peut toutefois s’interroger sur le bienfondé de la reconversion massive du politique dans la vie médiatique ?

Une pratique qui s’amplifie

Le phénomène n’est pas nouveau mais il tend à s’accélérer. Roselyne Bachelot, notamment, a déjà fait parler d’elle en 2012 pour avoir intégré C8 comme chroniqueuse aux côtés de Laurence Ferrari. Daniel Cohn-Bendit ensuite, a intégré les rangs d’Europe 1 pour une chronique matinale quotidienne. La rentrée 2017 confirme donc une tendance latente.

La presse comme garant de neutralité

Il est d’abord surprenant de constater la rapidité avec laquelle les personnalités politiques peuvent prendre la place de ceux qui, il y a quelques semaines encore, étaient leurs contradicteurs. Ce point pose une difficulté sur laquelle il est nécessaire de s’arrêter : la déontologie. Dans les nouveaux arrivants sur les ondes, tous n’ont pas exprimé clairement leur renoncement à leur militantisme politique. Et même dans certains cas comme Raquel Garrido, porte-parole de la France Insoumise, et Julien Dray, porte-parole du parti Socialiste, qui n’ont pris aucune distance par rapport à leur parti. Et là on touche du doigt un point sensible.

Le rôle intrinsèque des médias, qui historiquement sont considérés comme le quatrième pouvoir de nos sociétés démocratiques, est d’apporter des faits, de l’information vérifiée, vérace et indépendante de tout pouvoir (idéologique, politique et aux intérêts des entreprises). La neutralité est donc de mise. Observer l’association entre journalisme avec chroniqueurs politiques (encore en mandat ou responsabilité politique) met à mal ce dernier principe (déjà fortement dégradé).

 

Une crise de confiance médiatique sans précédent

A l’heure où le journalisme souffre d’une véritable défiance du public, ce phénomène de reconversion des politiques vers les médias ne contribuera en rien à un regain de confiance. Bien au contraire, il peut alimenter certains fantasmes propices au fleurissement des fake news. La porosité entre presse et politique est déjà suffisamment soulignée sur les sites de désinformations et que cela donne plus d’eau à leur moulin infernal.

Cette défiance envers les médias est aussi dû par son matraquage de la part de la classe politique. La campagne présidentielle a montré une vraie violence de nombreux bords politiques envers la presse. On ne compte plus les meetings où les médias ont été pris à partie. C’est donc une sacrée ironie du sort de voir que certaines de ces personnalités politiques, qui jetaient l’opprobre sur la presse, les rejoignent aujourd’hui.

Mais ne mettons pas tous les œufs dans le même panier. Car ces aguerris de la politique, en tant qu’expert de la discipline, peuvent apporter une approche et une réflexion différente aux chroniques politiques journalistiques. Tirer parti de leur expérience pour la mettre au service de l’information peut se justifier et même apporter une valeur ajoutée. Mais pour que la formule fonctionne, il est absolument essentiel à mes yeux qu’aucune ambiguïté demeure sur leur détachement vis-à-vis de leur ancienne fonction. Toute responsabilité politique doit être abandonnée de manière franche. Sinon, la suspicion d’instrumentalisation de l’organe médiatique perdurera et le terrain perdu par la presse est du terrain de gagné pour les fake news. Et nous constatons aujourd’hui le risque que cela peut présenter si on jette le regard de l’autre côté de l’Atlantique.

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