Viadéo : la chute du petit poucet français

Comme moi vous l’aurez remarqué, le réseau social professionnel français a quelque peu perdu de sa superbe. Autrefois, acteur majeur incontournable du marché, il est aujourd’hui complètement écrasé par son concurrent américain LinkedIn. Comment le petit poucet frenchy, un temps valoriser à plus de 140 millions d’euros en 2014, se voit aujourd’hui placé en redressement judiciaire ?

Une ascension fulgurante mais aux pieds d’argiles

Lancé en 2004, sous la marque Viaduc, l’entreprise sent rapidement l’opportunité d’une place de major à prendre comme réseau social professionnel, encore non pourvue. Peu de temps après son lancement, Viadéo opère à de nombreuses levées de fonds pour assurer son développement et part très tôt à l’assaut du monde. Entre 2007 et 2013, Viadéo opère pas moins à 7 acquisitions et prend pied en Chine, en Angleterre, en Espagne, au Mexique, en Inde, en Russie et au Maroc. Malgré son internationalisation fulgurante, la part du chiffre d’affaires à l’international du français ne représente que 2.1% (1). Paradoxalement, Viadéo revendique à ce moment-là une communauté réunissant 60 millions d’utilisateurs dans le monde mais se trouve dans l’incapacité de les monétiser. Cette fulgurante ascension fut dans le même temps facteur de dispersion du réseau social français, sans assurer son plein confortement en France.

La promesse marketing comme marqueur de différenciation

On a souvent eu tendance à comparer LinkedIn et Viadéo en les considérant fondés sur le même modèle économique et une offre de services équivalente. Une différence fondamentale existe entre les deux marques : celle de la promesse. Quand Viadéo se revendique comme l’outil facilitateur de contact entre les recruteurs et les candidats, LinkedIn se vend comme la plateforme de contact entre TOUS les professionnels. La nuance est mince me direz-vous, mais pas tant que cela car c’est celle qui définit la raison d’être de chacune de ces marques. Viadéo en fait même sa promotion dans sa signature de marque « Provoquez votre réussite ».

Juqu’en 2014, on considérait que LinkedIn et Viadéo jouait dans la même cour d’un point de vue expérience candidat/recruteur. Cependant, la version gratuite de LinkedIn offrait déjà un accès beaucoup plus large à la consultation de profils mais aussi lorsque notre profil était consulté. On savait alors par qui et quand. Viadéo bridait cette lecture si la souscription à un compte Premium n’était pas effective. Quand Viadéo se cantonne à rester l’outil à disposition des RH et des chercheurs d’emplois ou de stage, LinkedIn cherche à aller plus loin.

On peut dire que l’achat de l’agrégateur de contenus, Pulse, par LinkedIn propulse le réseau social américain dans une autre dimension : celui de producteur de contenus. Au début réservé à quelques membres influenceurs de LinkedIn, la rédaction de billets est depuis début 2016 élargie à tous les inscrits sur LinkedIn, Premium ou non. Ce virage, offrant la possibilité de créer, de s’abonner, de partager et de liker du contenu, suscite énormément d’interactions entre les membres, dépassant largement le seul besoin RH, et donnant tout son sens à la dénomination de « réseau social ».

Une image franco-française

Autre facteur qui a collé longuement à la peau de Viadéo est celui de sa réputation. On a tous entendu dire que l’utilisation de Viadéo était intéressante pour une évolution sur marché francofrançais pour des offres de cadres débutants alors LinkedIn était plutôt réservé à un environnement international pour des postes de cadres confirmés à cadres dirigeants. Cette image a contribué à cantonner Viadéo dans un carcan assez réducteur qui largement profité à son homologue américain. Malgré ses effort, le réseau social français n’a jamais réussi à se dépêtrer de cette réputation.

L’acquisition de Viadéo par Figaro Classifieds, pour l’euro symbolique de 1.5 million d’euros, vient compléter le dispositif du leader français des annonces d’emplois et confirme le constat précédemment énoncé. Aux côtés de Keljob, Cadremploi, CadresOnline et ChooseYourBoss, Viadéo se recentre sur ses fonctionnalités de gestion de carrières.

L’entreprise française, comme bien d’autres en matière de digital, a sur sentir très tôt le très fort potentiel d’un marché comme celui du réseau social professionnel. L’histoire est d’autant plus que frustrante que le pari était ambitieux. Malgré un modèle économique qui n’a pas permis de dégager une rentabilité suffisante pour un développement pérenne, Viadéo a su jouer d’audace pour tenter de s’imposer face au colosse américain.

 

(1) Le réseau Viadéo ne rapporte pas gros (sauf à son patron) 10/02/2015 http://www.capital.fr/enquetes/derapages/le-reseau-viadeo-ne-rapporte-pas-gros-sauf-a-son-patron-1011955

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